Manifestations lycéennes : appel à témoignages

La répression policière qui frappe le mouvement lycéen a franchi un seuil critique. On dénombre déjà des blessures graves, comme une mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône par un tir tendu de lance-grenade, un œil perdu à Tours après un tir de LBD, une main arrachée par l’explosion d’une grenade de désencerclement à Lens. Des mineur·es sont matraqué·es et gazé·es, les interpellations sont massives : 8 000 en moins de quinze jours. La doctrine de maintien de l’ordre initiée par le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, inspirée du « Guide opérationnel des violences urbaines » (Govu), traite les jeunes en ennemis intérieurs. Cette doctrine attise les tensions aux abords des établissements et bafoue les libertés fondamentales garanties par la Constitution, la CEDH et la Convention internationale des droits de l’enfant.

Face à cette situation, les équipes d’observateur·ices de l’OGLP se relaient chaque jour sur le terrain des mobilisations lycéennes et étudiantes. Elles observent et documentent de manière rigoureuse et indépendante les pratiques de maintien de l’ordre : les dispositifs déployés, l’usage des armes, les interpellations, les nasses et les entraves à la liberté de manifester. Ce travail permet de constituer des éléments factuels qui pourront étayer les saisines des autorités de contrôle et nourrir le débat public sur le respect des libertés fondamentales.

Si vous avez été témoin de violences policières contre des manifestant·es, votre témoignage est précieux. Vous pouvez envoyer vos vidéos et photos en priorité à contact@oglp.org, en précisant si possible la date, l’heure et le lieu des faits. Vous pouvez aussi en second lieu contribuer à la constitution d’un rapport national en remplissant le formulaire disponible à cette adresse : https://enquete.ldh-france.org/436892?lang=fr&newtest=Y.

Chaque témoignage compte pour faire la lumière sur ces violences et protéger le droit de la jeunesse à faire entendre sa voix.

Rapport d’enquête sur le maintien de l’ordre à Bordeaux du 17 Novembre 2018 au 16 Février 2019

« Une politique d’intimidation »

« Si l’Humanité échoue à concilier la justice et la liberté,
alors elle échoue à tout. »

Albert Camus  ( Version féminisée )

L’Observatoire Girondin des Libertés Publiques publie son rapport d’observation sur le maintien de l’ordre à Bordeaux sur la période du 17 Novembre 2018 au 16 Février 2019.

Voici le sommaire :

1 Choix méthodologiques

2 Une politique d’escalade de la violence

2.1  Manifestations des 1er et 8 Décembre 2018 à Bordeaux : Les faits

2.2  L’absence de politique de communication pacificatrice

2.3  Des sommations inexistantes, inaudibles ou artificielles     

2.4  Une communication agressive        

2.5  Des dispositifs sources de tension 

  • La mairie de Bordeaux : des barrages policiers pour protéger un palais fortifié
  • Les brigades anticriminalité (BAC) et autres forces non-spécialisées dans le maintien de l’ordre
  • Le retour des Pelotons voltigeurs mobiles (PVM)
  • La pratique des nasses (ou kettling)

3 La répression des manifestations lycéennes 

4 L’usage non-maîtrisé et dangereux des armes             

4.1. Liste des armes qui équipent la police et la gendarmerie pour le maintien de l’ordre.         

4.2. Traumatismes psychologiques et physiques liés a l’usage des armes sur les personnes.    

4.3. Synthèse des blessures lors des manifestations des Gilets Jaunes. (témoignages)               

  • Grenades GLI-F4 (sur 3 témoignages)
  • LBD-40  (sur 26 témoignages)
  • Grenade, type non identifiée ( sur 1 témoignage)
  • Lacrymogènes ( sur 3 témoignages )
  • Arrestation ( 3 témoignages )

5 La répression judiciaire            

  • Sur les entraves à la liberté de manifester         
  • Sur les gardes à vue 
  • Sur le traitement judiciaire des procédures à l’encontre des manifestant·es gilets jaunes    
  • Sur les comparutions immédiates   
  • Sur les convocations par officier de police judiciaire    
  • Sur les autres modalités de poursuites         

6 Conclusions

Lettre ouverte à Monsieur le Préfet de la Gironde

Lettre du 21 décembre 2018

Dans un courrier du 6 décembre 2018, l’Observatoire girondin des libertés publiques vous a saisi à propos de votre politique du maintien de l’ordre. À ce jour, vous n’avez pas répondu à ce courrier signé notamment par l’Observatoire et plusieurs associations et syndicats vous demandant d’assurer le respect du droit de manifester.


Après les manifestations du 1 er décembre, puis des manifestations lycéennes dans la semaine, les manifestations dites des « Gilets jaunes » des samedi 8 et 15 décembre ont donné lieu à des violences entraînant des blessures graves.
La Place Pey Berland a été bloquée par les forces de l’ordre qui ont fait un usage de LBD et de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Les sommations auxquelles ont procédé les forces de l’ordre avant l’envoi de différentes grenades ont été purement formelles et défaillantes. En effet, audibles uniquement au tout premier rang de la manifestation, elles ne l’étaient pas quelques mètres plus loin où ont été envoyées les premières grenades lacrymogènes. Compte tenu des évènements des semaines précédentes et des moyens déployés, vous ne pouviez pas ignorer, monsieur le Préfet, que les moyens d’annonces des sommations seraient très insuffisants, ce qui participe à une escalade de la violence.

Par ailleurs, l’usage des grenades GLI-F4 dites assourdissantes est extrêmement dangereux et a causé de graves blessures dont une à un manifestant qui a perdu la main. Les lanceurs de balles de défense (LBD) sont également inappropriés au maintien de l’ordre ainsi que l’ont reconnu le Défenseur des droits, puis, en décembre 2017, le Préfet de Paris.

Pourtant, ces armes continuent d’être utilisées même en l’absence de danger imminent. Ainsi, il a pu être observé par nos soins que ces LBD ont été utilisées contre des gens peu nombreux, isolés, et ne représentant aucune menace immédiate. Un journaliste photographe, porteur d’un brassard presse, a été touché au bras par un tir de flashball près de la place Pey Berland. L’Observatoire Girondin des Libertés Publiques s’alarme du recours à ces techniques et des dangers qu’elles représentent. Loin de réussir à pacifier la situation, elles n’ont fait que l’aggraver.

Les premiers éléments de l’enquête que nous menons sur ces évènements indiquent que l’engrenage de la violence résulte notamment de l’absence d’une politique de désescalade qui aurait dû être opérée dès les manifestations du 1 er décembre. L’Observatoire Girondin des Libertés Publiques s’inquiète des atteintes disproportionnées au droit de manifester découlant de la mise en œuvre de techniques très répressives du maintien de l’ordre ayant entraîné un basculement de manifestations en émeutes. Nos observateurs continueront d’être présents sur les prochaines manifestations afin de vérifier que les droits des manifestants, des journalistes et leur intégrité physiques sont préservés. Nous avons décidé de mener une enquête sur ces évènements au sein de l’Observatoire girondin des libertés publiques.

L’Observatoire girondin des libertés publiques avec la Ligue des droits de l’Homme 33, la FSU 33, AC ! 33, le Club de la Presse de Bordeaux, la Fédération de la Gironde de la Libre Pensée, Greenpeace Bordeaux, le Syndicat des avocats de France 33